Le 3 avril 1925, le père Jean revint au Canada avec Volodymyr Bachinsky, secrétaire d’une société d’aide aux immigrants ukrainiens. Ils tentèrent de convaincre le gouvernement canadien de rouvrir les portes à une immigration ukrainienne à grande échelle au Canada. À Ottawa, le père Jean rencontra l’honorable Ernest Lapointe, ministre du cabinet fédéral, dans l’espoir d’obtenir une concession de terres dans l’Ouest canadien pour de nouveaux immigrants ukrainiens. Cette démarche n’ayant donné aucun résultat, le père Jean communiqua avec le ministère de la Colonisation du gouvernement du Québec et obtint une concession de 250 milles carrés de terres en Abitibi.
Dans ses efforts pour accélérer l’arrivée de colons ukrainiens en provenance de Bosnie, le père Jean communiqua avec le ministère de l’Immigration, des compagnies de transport et le gouvernement du Québec. Il sollicita leur aide afin de construire une route et de fournir des logements aux futurs habitants du village, auquel il donna le nom de « Sheptytsky ». Il dut construire une route partant de la voie ferrée et traversant huit milles de forêt jusqu’au nouvel emplacement du village. Il transporta les matériaux de construction à l’aide d’un attelage de bœufs sur cette route boueuse. Avec ses propres ressources, il construisit une chapelle, un couvent et un monastère pour les moines studites, puis célébra la première Divine Liturgie le 14 août 1925.
Quelques familles ukrainiennes de Montréal et d’autres régions du Québec s’installèrent dans la région. En 1928, lorsque d’autres pionniers ukrainiens arrivèrent, le gouvernement canadien accorda une aide pour la construction de camps rudimentaires. Toutefois, les colons ukrainiens de Bosnie ne vinrent jamais. L’arrivée de la Grande Dépression en 1930 mit pratiquement fin à toute nouvelle immigration ukrainienne au Canada. Les longs hivers et, surtout, l’isolement par rapport aux autres communautés ukrainiennes découragèrent toute migration importante d’Ukrainiens provenant d’autres régions du Canada.
C’est avec un profond regret que le père Jean dut abandonner son projet de colonisation. Une partie de la région fut colonisée par des familles canadiennes-françaises de Montréal et, en 1935, le nom du village fut changé de Sheptytsky à Lac-Castagnier.
En 1930, le père Jean se rendit à Montréal afin de travailler auprès des paroissiens ukrainiens. Le 24 mai 1931, il quitta l’ordre des Studites et retourna chez les Basiliens à Mundare, en Alberta, où il réintégra le noviciat. Il prononça sa profession monastique solennelle à Montréal le 22 décembre 1935. De 1940 à 1942, il exerça son ministère à la paroisse Saint-Michel de Montréal.
Malgré les nombreuses déceptions et difficultés, le père Jean poursuivit sa mission auprès des Ukrainiens du Canada. Le 18 octobre 1942, il fut affecté à la paroisse catholique ukrainienne d’Ottawa et travailla à défendre la cause des Ukrainiens auprès du gouvernement fédéral durant les difficiles années de guerre. Sous sa direction, la communauté ukrainienne d’Ottawa contribua à la Croix-Rouge et établit des liens avec les militaires ukrainiens servant dans les Forces armées canadiennes, tant au Canada qu’en Europe. Le père Jean exerça son ministère à Ottawa jusqu’au 3 juillet 1945.
En 1945, le père Jean fut envoyé en Europe afin de venir en aide aux personnes déplacées ukrainiennes, y compris les Basiliens déplacés. De 1945 à 1949, il travailla en Angleterre auprès de la communauté ukrainienne en pleine croissance. Il collabora étroitement avec le Bureau canadien de secours aux Ukrainiens ainsi qu’avec d’autres organismes d’aide aux immigrants. Il assista aux réunions des Nations Unies à Londres en janvier, puis à Paris en octobre 1946.
Le père Jean joua un rôle déterminant dans l’organisation de la première paroisse catholique ukrainienne en Angleterre. Il obtint des autorités catholiques anglaises l’usage d’une église et y exerça les fonctions de curé de février 1947 à août 1949. Depuis l’Angleterre, il voyagea également dans d’autres pays d’Europe afin de visiter les réfugiés ukrainiens, de venir en aide aux survivants des camps de concentration ainsi qu’à ceux qui fuyaient l’occupation soviétique des territoires ukrainiens. Le père Jean encouragea et aida un grand nombre de ces personnes déplacées ukrainiennes à immigrer au Canada.
De retour au Canada en 1949, le père Jean poursuivit son ministère sacerdotal à Edmonton, Mundare et Vancouver. En 1961, à l’âge de 76 ans, il se retira au monastère basilien de Grimsby, en Ontario, où il consacra les dernières années de sa vie au jardinage, à la rédaction de ses mémoires et à la recherche historique. Il conserva toute sa vie un vif intérêt pour les livres rares et les manuscrits, et sa collection devint le fondement de l’actuel Musée et Archives ukrainiens de Mundare. Il demeura directeur honoraire de ce musée jusqu’à son décès. Sa collection de rares ouvrages en vieux slavon d’Église est la seule au Canada dont l’origine remonte à la période précédant la Seconde Guerre mondiale.
Le père Jean s’éteignit le 8 juin 1972 à Grimsby, en Ontario, à l’âge de 87 ans. Il fut inhumé au cimetière basilien de Mundare. Lors de ses funérailles, son cercueil fut recouvert du drapeau ukrainien. Son corps fut accompagné jusqu’à sa dernière demeure par une garde d’honneur composée de membres du Plast (les scouts ukrainiens), puisqu’il avait lui-même été un aîné du Plast.
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Le père Jean fut une personnalité exceptionnelle et marquante de l’histoire des Ukrainiens au Canada. Lorsqu’il choisit de consacrer sa vie à l’Église ukrainienne et au peuple ukrainien, il adopta non seulement le rite ukrainien et ses traditions culturelles, mais également les convictions religieuses et politiques de ce peuple, particulièrement celles des Ukrainiens de l’Ouest, auxquelles il demeura fidèle tout au long de sa vie. Il parlait couramment l’ukrainien, sans jamais perdre son accent canadien-français si distinctif. Le père Jean demeure un exemple remarquable du dévouement absolu d’un missionnaire envers le peuple qu’il a choisi de servir, ainsi qu’un symbole vivant de l’idéal du multiculturalisme au Canada.
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